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À GORGE DÉNOUÉE

Ghérasim Luca, admiré par Gilles Deleuze, est un des poètes de langue française les plus marquants et les plus originaux de la seconde moitié du XXème siècle. Il a traversé et défait le Surréalisme, le Dadaïsme et la poésie sonore.

Salman Locker, né en 1913 dans un quartier juif de Bucarest, se choisit, à l’adolescence, “un nom et un égarement” : Ghérasim Luca.

Il parle roumain, français, allemand, yiddish. Les premiers poèmes de Luca sont publiés dans la revue qu’il fonde en 1930 avec d’autres jeunes qui comme lui, revendiquent un place dans le paysage culturel de l’époque. Action poético-politique et non-conformisme, poésie prolétaire... Avec ses amis, il s’insurge contre une certaine forme de poésie ayant oublié sa source, son but (la vie) et réduite à de simples effets techniques. Ils opèrent une rupture avec le mouvement d’avant- garde qui les a précédés. Pour Luca, cela correspond à la première d’une série de manifestations d’indépendance dans ses rapports aux phénomènes de mouvements littéraires et artistiques...

Parallèlement, il se rapproche des milieux surréalistes roumains et parisiens (notamment André Breton). Il cesse toute activité artistique pendant la guerre et ne reprend qu’en 1947, année à partir de laquelle il n’écrira plus qu’en français. Ce geste radical exprime son besoin d’en finir avec l’ordre “naturel”, “héréditaire” des discours, en finir avec l’ordre tout court.

En réinventant la langue française, Ghérasim Luca cherche à briser l’inconscient collectif structuré par celle-ci et coupable des pires atrocités. Sa poésie nous engage à nous laisser tomber dans un monde qui propose une vision kaléidoscopique du nôtre, un monde où changement, mouvement, éclatement se mêlent. Une invitation à perdre pied, et à accepter ces visions apocalyptiques insaisissables.

En 1952, il s’installe définitivement à Paris. Désormais, il se veut absolument apatride, exilé, sans nationalité et ce désir se poursuit à travers sa poésie qui s’affirme en tant que poétique du déracinement, de la négation. Il écrit, crée des cubomanies - ce qui lui permet de mettre en trilogue les mots, les images et les objets - il donne des récitals comme mise en scène de la voix.

En 1994, comme le fit son ami Paul Celan vingt-quatre ans plus tôt, il se jette dans la Seine après avoir posté son ultime message dans lequel il dit vouloir quitter “ce monde où les poètes n’ont plus de place”.

Se plonger dans la poésie de Ghérasim Luca c’est se lancer dans l’inconnu, abandonner toute idée prédéfinie sur la poésie. Dire pour être.