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PUISQUE NOUS SOMMES SAUVAGES (création 2020)

A L'ORIGINE 

J’ai grandi avec l’impression qu’autour de moi se multipliaient les moyens et les espaces d’expression, en particulier numériques. Possibilités de partager en trois clics ce qui nous anime, nos peurs, nos prises de positions, nos colères... Outils pour communiquer avec le monde entier. Et pourtant, quand les mots, les images, les témoignages et les tribunes affluent de toutes parts, comment faire entendre sa voix ? Que nous reste-t-il à dire, aujourd’hui, qui n’ait pas déjà été exprimé ? 
J’ai donc appréhendé les espaces d’expression à ma disposition dans un jeu d’attraction-répulsion qui continue de m’interroger. Entre nécessité de dire et découragement de se faire entendre. En questionnant mon rapport à la prise de parole, je l’ai souvent comparé à celui de mes parents. Tous deux élevés au sein d’une grande tradition de la pudeur, les opinions comme les ressentis intimes  étaient rarement objet de discours partagés. Ils restaient tus, enfouis, sans mots pour les faire exister au dehors.. Hormis à de rares occasions : lors de fêtes de village et autres bals communaux. 
Alors, sur des coins de tables aux nappes en papier déchirées, des fragments de vie se racontent, des mondes intérieurs se partagent, des cris de colère sont poussés, de petites blessures ou joies sont nommées. 
De ces expériences de fêtes de villages du Rhône auxquelles j’ai longtemps accompagné mes parents et grands-parents, j’ai gardé le souvenir troublant  de l’affection et aussi parfois du malaise provoqués par la confession soudaine d’un grand oncle qui raconte ses amours perdus, de la difficulté d’une voisine à trouver les mots justes pour dire ses rêves d’antan, de l’abondance de paroles d’un inconnu pour raconter ses colères.. C’est cette intimité qui se cherche, qui se crée, parfois par accident, parfois maladroitement, parfois dans un moment de grâce unique, que nous avons envie de raconter.

 

 

Comme les personnages décrits par Rainer Maria Rilke dans  Notes sur la mélodie des choses, ceux de Puisque nous sommes sauvages seront comme « deux êtres sur des îles qui ne sont pas assez distantes pour qu’on y vive solitaire et tranquille. L’un peut déranger l’autre, ou l’effrayer, ou le pourchasser avec un javelot – seulement personne ne peut aider personne ».  Comment réussir à s’atteindre, d’une rive à l’autre, si ce n’est en donnant de la voix ? 

Nous donnerons donc corps à ces tentatives de se rejoindre, d’île en île, de créer un pont, même fragile – surtout fragile – entre eux deux. Notre recherche sera en effet éminemment corporelle. Nous explorerons une gestuelle provoquée par le bégaiement, l’incapacité à dire, le rougissement, les lapsus des personnages... tout ce qui traverse notre corps dans le cheminement de la parole. Ce sont ces essais, ces échecs, cette persévérance dans la nécessité à dire qui générerons le mouvement. 

Après avoir questionné la place des « non-dits » au sein d’un cercle familial dans Tout va bien. Tout va bien aller maintenant, puis interrogé les façons de se raconter publiquement à l’heure du narcissisme 2,0 dans Cohérence des inconnus, cette troisième création s’attache à s’emparer des enjeux d’une parole intime et sincère, à l’échelle de la rencontre entre deux individus.